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Rapport sur les Violences sexistes et sexuelles et le bizutage

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Rapport sur les Violences sexistes et sexuelles et le bizutage

Completion requirements

Cette enquête s’appuie d’abord sur un constat : les événements d'intégration dans

l'enseignement supérieur français, organisés dans les établissements de 98% des

3990 étudiant·es ayant répondu à notre enquête, jouent un rôle essentiel dans la

socialisation des étudiant·es. Ces événements, majoritairement organisés par des

associations étudiantes telles que les Bureaux des Étudiant·es (BDE), suscitent une

grande participation : 71,7% des personnes interrogées ont ainsi participé à ces

événements. Parmi elles·eux, 89,4% ont assisté à des soirées festives et 67,5% à des

week-ends ou semaines d'intégration. 91,2% des répondant·es perçoivent ces

événements comme une opportunité de tisser des liens et de renforcer la solidarité au

sein des promotions. C’est donc une part non négligeable de l’expérience étudiante en

France, qui mérite notre attention. Malheureusement, ils présentent également des

aspects préoccupants : ils sont notamment considérés comme un terrain propice aux

violences sexistes et sexuelles (VSS) par plus d’1 répondant·e sur 2.

La moitié des étudiant·es identifie la consommation excessive d'alcool comme l'un

des principaux facteurs aggravants des violences, tandis que 17,7% soulignent

l'importance des dynamiques de pouvoir et de hiérarchie entre les promotions -

souvent liées à des pratiques de bizutage - comme facteur de ce risque. Ces

dynamiques exacerbent la vulnérabilité des nouvelles·aux étudiant·es, alors que le cadre

festif des événements, perçu comme “hors du temps”

, favorise un climat d'impunité des

auteur·es de violences.

L’intégration serait donc loin de ses idéaux d’inclusion et de partage. En effet, 1

répondant·e sur 3 s'est volontairement abstenu·e de participer à ces événements

d’intégration, souvent en raison d'un manque d'intérêt ou de la perception de ces

événements comme n’étant pas suffisamment inclusifs, particulièrement pour les

personnes en situation de handicap ou issues de minorités1

. En revanche, l'alcool est,

lui, omniprésent : il est proposé de façon systématique dans 41,8% des cas, et près de 4

participant·es sur 10 admettent en surconsommer à cette occasion, surtout dans les

grandes écoles. Cette consommation excessive favorise tous les types de violence et

empêche dès lors une intégration saine des nouvelles·aux arrivant·es.

Le bizutage demeure une pratique courante, touchant 11% des répondant·es, et

particulièrement durement les étudiant·es de milieux sociaux défavorisés ou en

situation de handicap. Les actes de bizutage incluent dans 2 cas sur 3 des pratiques

humiliantes, mais aussi parfois des comportements violents, dégradants et des actes

1 Dans cette enquête, nous avons mis l’accent sur plusieurs critères de discriminations ou inégalités :

âge, origine ou couleur de peau, sexe, orientation sexuelle, identité de genre, religion, état de santé

ou handicap, poids ou apparence physique, langue ou accent, quartier et région d’origine, métier et

origines sociales, opinions politiques… Les analyses croisées utilisées sont détaillées dans le rapport.

1sexuels non consentis. Ces actes de bizutage ont des conséquences graves : 8,5% des

répondant·es déclarent avoir déjà ressenti de la peur à l'idée de se rendre dans leur

établissement ou dans un environnement étudiant en raison du bizutage. Pourtant, on

observe un manque de connaissance et une forte tolérance aux pratiques de

bizutage : 1 étudiant⋅e sur 4 ne considère pas les blagues dégradantes comme du

bizutage, et 1 étudiant⋅e sur 5 ne considère pas le fait de forcer une personne à

participer à des activités comme du bizutage.

Les violences sexistes et sexuelles sont également répandues : alors que 37,1% des

répondant·es ont été témoins ou victimes d'au moins une forme de violence lors de

ces événements, ce pourcentage grimpe à 61,8% pour les femmes et les personnes

non-binaires. Ces violences sont souvent récurrentes : 13,7% des personnes concernées

déclarent que ces incidents sont habituels. 23,5% des répondant·es ont été victimes

ou témoins d’exhibition sexuelle, 1 étudiant·e sur 10 a été victime d’outrage sexiste

et 1 étudiant·e sur 20 a été victime d’agression sexuelle. La plupart de ces incidents se

produisent lors de soirées festives ou de week-ends d'intégration : 1 victime d’agression

sexuelle sur 6 a été agressée la première semaine de sa première année d’étude.

Malgré la gravité de ces actes, seul un tiers des victimes a reçu une aide extérieure au

moment des faits, et à peine 5% des témoins ou victimes ont signalé les faits à leur

établissement.

Et pour cause, les réponses des établissements sont jugées largement insuffisantes :

seul·e 1 répondant·e sur 3 estime que son établissement prend des mesures

suffisantes en cas de VSS, et 54,7% des répondant·es pensent que “les auteur·es de

violences ne sont jamais puni·es”

. Bien que des dispositifs de lutte contre les VSS

existent dans certains établissements, une grande proportion des étudiant·es n'en est

pas informée ou doute de leur efficacité. Par exemple, près de 20% jugent les cellules

d'écoute inefficaces, et 28,7% expriment des doutes quant à l'efficacité des Chargé·es de

mission Égalité et Diversité. Cela peut s’expliquer en partie par le manque de ressources

humaines etfinancières dont disposent les missions Égalité au vu des missions qui leur

incombent, ainsi que par un manque de connaissance des étudiant·es sur leur rôle

exact.

Face à ces défis, la majorité des répondant·es préconise un changement des

processus d'intégration, mettant l'accent sur la prévention, la formation des

organisateur·rices, et une plus grande implication des établissements pour créer un

environnement inclusif et sécurisé. La solution n’est pas de supprimer l’intégration ou de

fermer les yeux sur les violences qui existent, mais bien de voir cette période comme

une opportunité : celle de créer du lien, de s’assurer que chacun·e trouve sa place et soit

en sécurité, et d’innover pour réinventer ce qui rassemble les étudiant·es.


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